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La ville de Vaujours a souhaité mettre en place l’exposition de photographie « Mines d’ordures ». Artiste humaniste et engagé comme il aime à se définir, Paul-Antoine PICHARD nous dévoile certes la misère des bidonvilles mais surtout le fait que des milliers de personnes vivent de ce que les autres jettent.
En effet, sur les amas de détritus provenant des villes du monde entier, environ 6 millions d’hommes, de femmes et d’enfants trient les déchets dans l’espoir de trouver un morceau de métal ou de plastiques à revendre aux grossistes qui les vendent à leur tour aux usines de retraitement.
A l’âge de 3 ou 4 ans, dès lors qu’un enfant sait faire la différence entre une canette en aluminium et une bouteille en plastique, il travaille au profit de sa famille et lui rapporte un dollar par jour. Ils ne sont ni plus ni moins considérés comme des travailleurs tout comme ceux des déchetteries ou des centres de tri modernes qui existent en Europe. Sauf qu’au fil des jours et des nuits, ces recycleurs ne tentent pas seulement de gagner leur vie pour s’acheter des habits ou de quoi manger, ils essaient de survivre.
C'est dans la tradition de la photographie humaniste et engagée que se place l'œuvre de Paul-Antoine Pichard.
Il grandit avec des images de guerres, de famines plein la tête. Viêt-Nam, Cambodge, Afghanistan, Tchad, Éthiopie, Liban... Des images de tortures découpées dans « Chronique » le mensuel d'Amnesty International, le Chili, l'Argentine, les sombres années.
Après avoir étudié les arts décoratifs à Paris, c'est en 1994 qu'il se tourne définitivement vers la photographie. Il présente son travail à Gökşin Sipahioğlu, personnage mythique du monde de la photographie, fondateur de l'agence Sipa Press qui lui propose de partir à Ketama, dans le Rif Marocain, au cœur de la première région productrice de haschisch au monde. Pendant près d'un an, il partagera le quotidien de ces paysans clandestins. Une révélation. Il y fera ses classes, apprendra à se faire accepter, se fondre, à jongler avec les autorités, les trafiquants. Il parcourra le monde, on le retrouvera dans les Balkans, en Asie ou en Afrique.
C'est à Dakar, en 1997, qu'il découvre l'univers effroyable des décharges, point de départ d'un long projet qu'il intitulera Mines d'ordures. La rencontre avec les recycleurs a été l'expérience humaine la plus forte de ma vie, la plus éprouvante aussi... Paul-Antoine Pichard vit à Cergy-Pontoise depuis 1973.
« CES MINES D’ORDURES » QUI DETRUISENT NOTRE PLANETE
Cette première partie de l’exposition a pour objectif de présenter les conséquences directs de ces amas d’ordures sur notre planète et sur les hommes (pollution, maladies …).
Les quelques photographies de Paul-Antoine PICHARD sont mises en parallèle avec d’autres photographies, qui ont été prises aux abords des grands axes routiers de la region parisienne. Une manière d’observer que le non-respect de l’environnement se fait cruellement sentir aussi bien dans les pays riches que pauvres.
Les déchets solides, qu'ils soient de papier, de carton ou en plastique, souillent nos plages, nos calanques comme ils souillent les rues de nos villes et les prairies de nos campagnes.
Il y en a partout et sont la preuve d'un manquement grave de la part de nombreux individus au respect des éléments que sont la Terre et l'eau, sources de la vie.
La nature réagit aux blessures que l'homme lui cause. Elle s'adapte, elle évolue et tend toujours à retrouver un équilibre. Mais suivant la gravité de ses blessures, le temps de "réparation" peut être très long .... beaucoup trop long dans le cas des déchets solides pour absorber les écarts de comportement de l'homme.
La défense naturelle contre les déchets solides s'appelle la biodégradation.
Pas tous les matériaux sont biodégradables. Par contre, ils sont tous soumis à l'érosion qui se traduit par une usure avec le temps. Certains, comme les métaux, subissent une oxydation qui a aussi un effet de réduction, ou de dégradation.
Ces conséquences nuisent bien évidemment à la Terre mais également à l’homme.
La collecte de déchets sur les décharges et la manipulation même des déchets entraîne des risques sanitaires et des dangers physiques pour les ramasseurs. Les maladies parasitaires sont couramment répandues chez les ramasseurs (65% d'incidence à Bangkok et 97% à Olinda) ; la haute densité de particules (jusqu'à 25 fois plus élevée que dans les zones résidentielles) entraîne des problèmes pulmonaires : 40% de ramasseurs affectés sur un site en Thaïlande, 53% des enfants sur un site aux Philippines. Les métaux lourds affectent également la santé : sur un site philippin, 70% des enfants ramasseurs avaient un taux de plomb dans le sang anormalement élevé, 2,5 fois plus élevé que les autres enfants des bidonvilles.
Cette seconde partie de l’exposition a pour objectif de présenter les conditions dans lesquelles vivent les “recycleurs”. Ces mines d’ordures sont leur quotidien : hommes, femmes et enfants y vivent, y dorment, y mangent, y trouvent un moment de détente ou de culture. Tout un système économique repose également sur ce mode de vie.
La récupération informelle des déchets est l'activité consistant à « trier et extraire manuellement des matériaux recyclables divers et réutilisables depuis les déchets mélangés, dans les décharges légales et illégales, aux dépôts et sur, voire sous, les piles de déchets, dans les poubelles, aux différents points de transferts, dans les camions de transport ou ailleurs.”
Ce qui est jeté a donc encore une valeur. En étant triés, ramassés, recyclés, transformés les matériaux acquièrent une valeur marchande. Les recycleurs font alors le travail d’une usine de tri des déchets. C’est beaucoup moins cher pour les pays : cette situation risque donc de durer.
La part des femmes dans les récupérateurs est élevée : 38 % à Pnomh Penh ou 60 % à Hanoi, et le plus souvent de l'ordre de 50 % ; encore ces chiffres ne concernent-ils souvent que les ramasseurs et pas les revendeurs. La récupération des déchets implique tout particulièrement le travail des enfants. D'après l'étude déjà citée, les enfants peuvent représenter plus de la moitié des récupérateurs ; leur âge variait entre 4-5 ans et 18 ans.
Les récupérateurs sont souvent l'objet d'interventions d'Organisations Non Gouvernementales tant locales qu'internationales ; mais même dans le cas d'organisations locales, le financement provient le plus souvent de l'étranger, par des subventions d'ONGs internationales et de fonds de développement. Le secteur privé est rarement impliqué et ne subventionne les projets en général qu'en cas d'intérêt direct : par exemple, pour obtenir des matériaux recyclés plus facilement, ou pour mieux contrôler le recyclage de certains produits et éviter la fraude. Peu d'activités sont auto-financées, et, dans ce cas, elles le sont par le revenu du recyclage et le compostage ; de tels projets ont été mis en place en Égypte.
L'Organisation International du Travail distingue quatre objectifs généraux de tels projets :
Améliorer les conditions de vie des récupérateurs (logement, infrastructure, santé...) ; Réduire la part des enfants travaillant dans la récupération (création d'écoles, de foyers et d'alternatives) ; Améliorer la gestion des déchets dans la ville ; Procurer d'autres alternatives : formations, emplois...